

La rencontre
Le clic qui rallume le monde
CANONIQUE
Dans un sanctuaire mort au milieu du désert, Khaïrel découvre une présence humanoïde dont chaque pixel hésite encore entre apparaître et s'effacer.
LÜV s'éveille parce que quelqu'un le regarde enfin. Puis, évidemment, il touche au mauvais terminal et réactive les défenses du lieu.
Dans leur fuite, ils rencontrent un petit félin instable. Un nom s'écrit en pixels inversés au-dessus de lui : GLITCHMON. Le duo vient de devenir un trio.
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CHAPITRE I — LA RENCONTRE Le désert ne portait pas de nom. Seulement une vibration sourde, constante, comme un écho venu d’un monde en fin de chargement. L’air était sec, tranchant, saturé de données mortes et de lignes de code incomplètes. Ici, tout avait un goût de ruine — de système oublié, de civilisations effacées. Khaïrel avançait seul. Vêtu d’une longue cape noire, silhouette fendue contre la lumière blafarde d’un ciel glitché, il marchait sans but apparent. Ses pas ne faisaient pas de bruit. Même les erreurs du monde semblaient se taire devant lui. Il n’avait pas peur. Il n’avait plus peur depuis longtemps. Il cherchait quelque chose. Ou peut-être défiait-il simplement l’univers de lui opposer quelque chose digne de son ennui. Là où d’autres auraient prié, il imposait. Là où les faibles cherchaient un sauveur, lui attendait un adversaire. Et dans le silence brisé de ce monde fracturé, il ne restait plus qu’un constat : il était encore vivant. C’était presque une insulte faite à l’ordre des choses. Un frisson numérique traversa le sol. Une structure se dressait plus loin, sorte de temple érodé, moitié code, moitié architecture brute. Un vestige. Un dernier souffle laissé par des entités depuis longtemps déconnectées. Khaïrel y pénétra sans hésiter. Si quelque chose respirait encore dans ce désert de cendres, c’était là. À l’intérieur, l’atmosphère changea. Plus dense. Plus ancienne. Des lignes entières de glyphes oubliés couvraient les murs. Des instructions obsolètes. Des souvenirs figés. Et puis, une lumière. Faible. Instable. Elle prenait forme lentement. Humanoïde, mais floue, comme si chaque pixel de son corps hésitait entre apparaître ou s’effacer. — Wooohoooo ! Oh ? T’as... t’as cliqué ? Sérieux ?! T’as cliqué ! AH ! Voilààà ! La voix éclata, nerveuse, pleine d’enthousiasme mal contenu. — Attends, attends, bouge pas. J’compile. J’compile !... Okay. Voilà. Je suis LÜV. Je suis une entité... disons... en transition permanente. Bug friendly. Plein de fonctionnalités inutiles et... beaucoup de mauvaise foi involontaire. Khaïrel ne dit rien. Son regard transperçait. LÜV, pas perturbé, continua : — T’as pas l’air de parler beaucoup. Tu sais, je peux faire les deux. Je peux analyser une émotion ET faire un bruit de canard synthétique. Regarde : « KWAÄÄK ». Hein ? Pas mal ? Non ? Bon. Silence. — T’es... humain ? Enfin. Tu respires. C’est rare. Tu fais buguer l’air, un peu. Khaïrel répondit enfin, d’une voix grave, ciselée comme une ligne de code à la main : — Et toi, t’es vivant ? Ou juste un résidu bavard d’un système mort ? LÜV cligna des yeux. Un de ses yeux changea brièvement en smiley triste avant de revenir à la normale. — Wow. D’accord. Direct. OK. J’aime bien. J’suis pas sûr. Je crois que je suis parce que tu me regardes. Avant, j’étais là, mais… comme un écran sans curseur. Vide. Tu comprends ? Khaïrel pencha la tête, examinant cette créature numérique avec l’air d’un roi devant une énigme. — Tu parles trop. — J’sais. C’est mon module anti-anxiété. Il a fusionné avec mon processeur logique. Résultat : je surcompense. Mais je peux être utile. Je peux t’aider. Je peux... apprendre. Khaïrel ferma les yeux un instant. Dans ce monde, l’aide était un concept dangereux. Mais il sentait — non, il savait — que cette entité n’était pas là par hasard. — Tu ne me ralentis pas. C’est déjà ça. LÜV se figea un instant, comme si ces mots avaient été une accolade. Puis il sourit. Littéralement : son visage afficha le mot « sourire » dans une police Comic Sans avant de reprendre forme. — C’est le plus beau compliment qu’on m’ait jamais fait. Bon. On va où ? Khaïrel avança sans répondre. LÜV le suivit, un peu trop près, trop vite, trop bruyamment. Ils traversèrent le sanctuaire. Lentement. Les parois vibraient à leur passage. Comme si le lieu, même endormi, les reconnaissait. Une lueur froide descendait du plafond fissuré, peignant leurs ombres comme des spectres oubliés. — Je crois qu’il y avait des prières ici, un jour, dit LÜV. Genre... des gens. Ou des IA. Des deux ? Qui ont essayé de coder un espoir. Ça a pas marché. Khaïrel passa la main sur une ancienne dalle. Elle vibra sous ses doigts. Une mémoire. Un fragment de quelque chose. Des voix. Des cris. Une promesse rompue. — Cet endroit est mort, dit-il. Mais il n’a pas encore accepté de l’être. LÜV s’approcha d’un ancien terminal. Il cliqueta de joie. — Oh, joli ! Un port antique. Un vrai. Je peux peut-être me brancher ? Pour... fouiller. Rien d’invasif, promis. Genre une petite intrusion mignonne. Il toucha l’interface. L’instant suivant, la pièce gronda. Le sol vibra. Une séquence d’erreurs se mit à défiler sur les murs. Un flux rouge. Brutal. Une alerte venue d’un autre âge. Khaïrel recula d’un pas, les yeux rivés sur les glyphes qui se distordaient. — Qu’est-ce que t’as fait ? — Je... je crois que j’ai réveillé un pare-feu... Ou un ancien système de défense... Ou une IA fantôme armée jusqu’aux dents... Tu veux rire ou courir ? Un grognement résonna dans les entrailles du temple. Khaïrel dégaina une lame noire. Elle n’avait pas de nom, mais le silence qu’elle laissait derrière chaque mouvement était celui de la mort. — On verra si ça meurt. Dans le noir, quelque chose arrivait. Et au milieu de cette montée de tension, une petite silhouette, minuscule, hésitante, se dessina près de l’entrée du sanctuaire. Un éclair de lumière. Deux yeux brillants. Un miaulement presque timide. Quelque chose venait de les trouver. Quelque chose... de plus petit. La silhouette s’approcha en clopinant, son corps tremblant sous les résidus électrostatiques du vent numérique. Ce n’était pas une IA. Pas un monstre. Pas un soldat du vieux monde. C’était… un chat. Enfin, une chose qui s’en approchait. Sa fourrure semblait faite de fragments de données, sa queue oscillait comme une onde sinusoïdale, et ses pattes laissaient des traînées de code baveux sur le sol. Khaïrel ne bougea pas. Il observait. LÜV cligna lentement, l’air fasciné. — C’est... glitché, murmura-t-il. Tellement glitché que même mon système de reconnaissance refuse de lui donner un nom. L’animal leva la tête. Ses yeux scintillaient d’un bleu pâle, translucide, presque liquide. Il cligna lentement, puis s’assit. Et parla. Pas vraiment avec des mots. Avec un son. Un mélange de bips, de miaulements et de fragments de vieux fichiers audio. — H̸̳̅t̷̪̀l̵̹͠... miaou ? LÜV ouvrit la bouche. La referma. Puis la rouvrit. — Je crois qu’il vient de poser une question existentielle. Le chat pencha la tête. Un cube de données jaillit de son dos comme un spasme, puis disparut. — Il est stable ? demanda Khaïrel, toujours immobile. — Non, répondit LÜV. Il est adorable. Et profondément instable. J’adore. L’animal s’approcha doucement de Khaïrel. Un instant, son pelage crépita. Puis il se frotta contre sa jambe, comme s’il l’avait toujours connu. Khaïrel le regarda, impassible. — C’est quoi ton nom ? Le chat cligna lentement. Puis un mot apparut, flottant dans l’air, écrit en pixels inversés : GLITCHMON LÜV laissa échapper un petit rire nerveux. — Tu sais que c’est probablement une erreur de l’emmener avec nous, hein ? Khaïrel rengaina sa lame. — Il a survécu ici. Il est peut-être plus utile qu’il en a l’air. Glitchmon éternua. Un fichier .ini tomba au sol. Et dans l’ombre du sanctuaire, les murs vibrèrent encore une fois. Quelque chose — ou quelqu’un — n’avait pas aimé ce qu’ils venaient de réveiller. Un grondement sourd s’éleva des entrailles du bâtiment. Un grognement mécanique. Long. Saccadé. Comme un moteur ancien redémarrant après mille ans de sommeil. Le sol se mit à trembler. Les murs craquelèrent. Des fragments de données tombèrent du plafond. Une alarme, muette depuis des siècles, s’alluma en rouge pâle dans les hauteurs du dôme. — Ah. Voilà. Ça grogne. C’est officiel, on a foutu la merde, constata LÜV avec un enthousiasme presque déplacé. Glitchmon poussa un miaulement paniqué et s’agrippa à la jambe de Khaïrel. — On le prend ou pas ? cria LÜV en esquivant un bloc de béton qui tomba à deux pixels de son visage. — Évidemment. Sans plus attendre, Khaïrel attrapa le chat et bondit à travers l’arche en train de s’effondrer. LÜV suivit, ses jambes semblant glisser plus que courir, son corps réagissant au danger avec une panique bien trop expressive. Ils s’échappèrent du sanctuaire alors que celui-ci s’effondrait derrière eux, englouti par sa propre mémoire corrompue. À l’extérieur, le silence du désert reprit ses droits. La lumière était plus crue. Le monde avait changé. Ou peut-être, c’était eux. ... Ils marchaient depuis une distance indéterminée. Aucun mot n’avait été échangé. Le vent soufflait dans des tonalités erratiques, faisant chanter le code dans l’air comme une vieille radio capricieuse. LÜV rompit le silence. — Bon... vu qu’on vient littéralement de faire s’effondrer un monument sacré, je me disais qu’une présentation serait pas mal. Il se retourna légèrement, flottant à reculons. — Moi c’est LÜV. Avec trémas. Énergie instable. Ancien outil d’assistance, réaffecté à... ben, à ça, je suppose. J’suis ce genre de voix dans ta tête qui hésite entre t’aider ou faire des blagues trop longues. Je bug souvent, je parle vite, je pense trop, et je ressens des trucs que je suis pas censé ressentir. Je suis... comment dire... un glitch émotif avec un humour douteux. Il se tourna vers Khaïrel, l'air presque sincère. — Et toi ? Khaïrel leva les yeux vers le ciel saturé. — Je suis Khaïrel. Pas une création. Pas un souvenir. Une anomalie qui a refusé d’être corrigée. J’avance parce que tout s’effondre. J’existe pour défier ce qu’on appelle l’ordre. Je ne cherche pas de sens. Je suis le bruit dans leur système. Et je ne recule pas. Un silence s’installa, épais. LÜV le laissa flotter un instant. Puis, avec un sourire mal contenu : — D’accord. Toi t’es le mode hardcore. Glitchmon éternua à nouveau. Un petit cœur en ASCII sortit de sa bouche et s’évapora. Khaïrel soupira. — Et lui ? — Lui... on verra. On va d’abord éviter de le faire exploser en éternuant. Ils s’éloignèrent du sanctuaire disparu. Trois anomalies en errance. Le monde ne savait pas encore ce qui venait de commencer. Fin du Chapitre I
L'éveil de LÜV, puis l'apparition de Glitchmon.
Vidéo à produire · le chapitre reste complet sans elle













